Groupe de professionnels en réunion, entourés de nombreux documents financiers et graphiques, en pleine discussion.
Ralf Hahn / iStock

Le 30 juin prochain, Optimum Gestion de placements lancera un nouveau fond d’un caractère inédit au Canada : un fonds composé d’investissements liés à l’assurance (ILA), mieux connus sous leur acronyme anglais ILS (Insurance-Linked Securities).

Ces instruments financiers partagent certaines caractéristiques structurelles avec d’autres produits bien établis. On peut, par exemple les rapprocher des fameux titres adossés à des hypothèques (MBS ou Mortgage Backed Securities), qui ont suscité bien des dommages lors de la crise financière de 2008, et plus près de nous, on peut les comparer aux obligations adossées à des prêts bancaires (CLO, ou Collateralized Loan Obligations). Ces similitudes demeurent toutefois essentiellement structurelles tandis que leur nature de risque et leur objectif économique sont différents.

Marché en croissance

Tout comme ces véhicules, les ILA sont des portefeuilles principalement composés d’obligations qui sont en fait des contrats d’assurance et de réassurance titrisés (c’est-à-dire qu’ils peuvent être transigés gré à gré comme toute obligation classique), explique François Bourdon, président d’Optimum. Selon le site Artemis.bm, ce marché des ILA est apparu au cours des années 1990, mais a pris son envol au lendemain de la crise financière de 2008.

Toujours selon Artemis, les actifs totaux du marché des ILA s’élevaient à 205 milliards de dollars américains (G$ US) à la fin de 2025. Cette même année a d’ailleurs enregistré un niveau record d’émissions, soit 25,6 G$ US répartis sur 122 contrats.

Le marché se divise en trois groupes principaux :

  • Les commanditaires, qui regroupent les plus importantes sociétés de réassurance, notamment Swiss Re, Munich Re, Allstate, Liberty Mutual ;
  • Les émetteurs, généralement des institutions, surtout des banques, qui « structurent » les contrats de réassurance en obligations : Swiss Re Capital Markets, JP Morgan, Goldman Sachs, BNP Paribas ;
  • Les gestionnaires d’actifs, qui offrent aux investisseurs, principalement institutionnels, des portefeuilles d’obligations de catastrophe, ou Cat Bonds, selon le nom générique qu’on leur prête souvent. Parmi eux figurant des sociétés comme Fermat Capital Management, qui détient un des plus importants portefeuilles dans la base de données d’Artemis (9,9 G$ US), ainsi que des joueurs plus modestes comme Tenax Capital, avec 175 M$ US en portefeuille.

C’est au sein de cette dernière catégorie que s’inscrit Optimum, qui lancera son Fonds Élément Optimum ILS en collaboration avec Scor Investment Partners, l’un des dix plus importants gestionnaires d’ILA à l’échelle mondiale.

Transférer le risque

Les assureurs et réassureurs veulent diminuer leur exposition aux risques liés à des événements géologiques ou climatiques, qu’il s’agisse de tremblements de terre ou d’ouragans.

Normalement, un assureur qui signe un contrat d’assureur de 200 millions de dollars (M$) pour des immeubles exposés à des ouragans peut être appelé à débourser la totalité voire davantage en cas de sinistre majeur. Pour limiter ce risque, l’assureur va en transférer une partie à un réassureur, qui épongera une portion des réclamations si un événement se produit.

Les ILA sont un instrument financier que les assureurs et réassureurs ont mis au point pour transférer une partie de ces risques aux marchés financiers.

Le point d’attachement

Un concept majeur d’un ILA est le « point d’attachement », c’est-à-dire le seuil à partir duquel une obligation est appelée à commencer à payer pour des réclamations — en d’autres termes, le point à partir duquel l’investisseur commence à perdre rendement et capital sur son titre.

François Bourdon donne l’exemple d’un assureur fictif exposé à hauteur de 1,0 G$ en contrats d’assurance. Il pourrait prendre le risque d’assumer entièrement les premières pertes pour le premier 100 M$ et de transférer aux investisseurs le risque du prochain 200 M$ à hauteur de 20 %. Le premier point d’attachement serait ainsi de 100 M$. C’est-à-dire que l’assureur encaisserait les premiers 100 M$ de réclamations en entier et 80 % pour les prochains 200 M$. Pour une réclamation totale de 300 M$, il en paye 260 M$ et reçoit 40 M$ de ses contrats.

S’il avait un second point d’attachement à 300 M$ à un niveau de 50 %, dans ce cas, pour des réclamations de 1 G$, il paierait le premier 100 M$ en entier, pour le 200 M$ suivant, il en paierait 160 M$, recevant 40 M$ de ses contrats ; enfin pour les 700 M$ qui suivent, il paierait 350 M$ et recevrait 350 M$.

En résumé, pour des réclamations totales de 1 G$, il paye :

  • 100 M$ en entier,
  • plus 160 M$ pour la première tranche
  • et 350 M$ pour la deuxième tranche.

Soit un total de 610 M$, puisqu’il recevra 390 M$ de sa couverture.

Le point d’attachement est un des facteurs prédominants pour déterminer le rendement courant de l’ILA et le risque de perte liée à des catastrophes sur ce rendement

Rendements substantiels

Les portefeuilles qui ressemblent à celui d’Optimum produisent en général des rendements de 9 % à 11 %, soit de 6 à 8 points de pourcentage au-dessus des bons du Trésor à court terme.

Dans un portefeuille bien diversifié, si les réclamations demeurent sous le seuil de 100 M$, l’investisseur peut atteindre le plein potentiel de rendement, soit environ 11 %. Toutefois, si les réclamations franchissent les points d’attachement à la suite d’un événement significatif, le rendement pourrait être réduit à environ 7 %.

Plus les réclamations sont élevées, plus le rendement est amputé. Dans un cas de multiples sinistres majeurs, comme un tremblement de terre en Californie et un ouragan sur Miami, la perte pour une année pourrait atteindre 20 %.

« Je m’attends, projette François Bourdon, à ce qu’il y ait deux années sur dix où nous pourrons faire plus de 10 points de pourcentage au-dessus des bons du Trésor, lorsqu’il n’y a pas de sinistres significatifs ; six années avec 8 points au-dessus ; une année où les rendements équivalent ceux des bons du Trésor ; et enfin une année où nous pourrions essuyer une perte. »

« Les ILA qui offrent le meilleur compromis entre le risque et le rendement sont ceux qui ont un point d’attachement plus élevé, selon moi », ajoute-t-il.

Deux avantages reliés distinguent les ILA, fait ressortir François Bourdon :

  • une diversification accrue, puisque leur corrélation aux marchés classiques est très faible, car leur performance n’est pas liée aux facteurs habituels de profits ou de performance économique ;
  • un rendement attrayant pouvant facilement dépasser celui des obligations à haut rendement, lesquelles sont fortement corrélées aux marchés.

Par ailleurs, les ILA ne sont pas dénués de risques propres :

  • leurs modèles sous-jacents peuvent sous-estimer la fréquence et la sévérité des catastrophes
  • certains ILA sont moins liquides que les obligations traditionnelles.

Évidemment un fonds bien diversifié couvre une multitude de risques dans plusieurs régions différentes : ouragans en Floride, tsunami au Japon, tremblement de terre au Mexique, etc.

Le fonds Élément que lancera Optimum investit dans une SICAV européenne, « un fonds qui détient des obligations liées à de l’assurance et des contrats de gré à gré de réassurance. Il s’agit en fait d’un fonds de fonds », explique François Bourdon.

Le dirigeant fait valoir que sa société présente un profil de compétence unique pour les investisseurs en combinant trois domaines d’activité :

  • l’assurance dommages,
  • la réassurance (le seul réassureur au Canada)
  • et la gestion de portefeuille.

Le Fonds Élément Optimum ILS s’adresse uniquement aux investisseurs accrédités, ce qui inclut les gestionnaires de portefeuille discrétionnaires. Un investisseur non accrédité, s’il participe au portefeuille d’un tel gestionnaire, pourrait alors se retrouver détenteur du fonds d’Optimum.