Image de la Caisse de dépôt et placement à Montréal.
Crédit : La CDPQ

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) veut acheter la totalité des actions d’Innergex afin que le producteur d’énergie renouvelable québécois puisse quitter le regard « à court terme » des investisseurs boursiers.

L’entreprise de Longueuil et le bas de laine des Québécois en ont fait l’annonce le 25 février, avant l’ouverture des marchés. La CDPQ offre un montant de 13,75 $ par action, ce qui représente une prime de 58 % par rapport au prix de fermeture le 24 février.

Le prix est toutefois moins de la moitié du sommet historique de plus de 32 $ atteint par la société en 2021. Le principal actionnaire, Hydro-Québec, qui approuve la transaction, vendra aussi ses actions à perte, soit à une valeur inférieure de 214 millions de dollars (M$) à ce qu’elle avait payé.

La Caisse offre également 25 $ pour les actions privilégiées. La transaction évalue l’entreprise à 10 milliards de dollars (G$), en tenant compte des dettes.

Une vision à long terme

La transaction survient à un moment où le secteur des énergies renouvelables a perdu en popularité, dans la foulée d’un ressac contre la prise en compte des facteurs environnementaux en investissement aux États-Unis.

« [La Caisse] a des perspectives de long terme alors que les marchés se fient malheureusement à du court terme », explique le président et chef de la direction d’Innergex, Michel Letellier, en entrevue.

Il explique que les projets d’énergie renouvelable prennent des années à se développer et que les investisseurs ont tendance à évaluer les bénéfices à court terme et accordent moins d’importance au potentiel à plus long terme. « L’évaluation boursière est déconnectée de la valeur tangible des actifs », avance-t-il.

Michel Letellier assure que les perspectives sont bonnes pour l’entreprise, même si le président américain Donald Trump est défavorable aux énergies éoliennes. Innergex a des activités au Canada, aux États-Unis, en France et au Chili.

« Le marché américain est peut-être en pause, mais, inéluctablement, on s’en va vers une augmentation de la consommation d’électricité aux États-Unis et, éventuellement dans un changement de technologie, du charbon vers des productions plus propres. »

Comme il l’a fait lors du dévoilement de ses résultats trimestriels la semaine dernière, Michel Letellier a dit qu’il jugeait que les perspectives du marché étaient « très favorables » au Canada.

La CDPQ est partenaire d’Innergex depuis une vingtaine d’années. Emmanuel Jaclot, le premier vice-président et chef des Infrastructures, juge qu’Innergex est un investissement « défensif » qui offrirait une certaine protection contre l’inflation et les aléas des cycles économiques.

« Ça peut générer des revenus qui sont très résilients, très robustes, très stables, qui sont, pour beaucoup, indexés à l’inflation. C’est quelque chose qui est intéressant pour nous. »

Du temps pour une contre-offre

La transaction devrait être conclue d’ici la fin de l’année. L’analyste Rupert Merer, de Financière Banque Nationale, ne croit pas qu’il sera difficile d’obtenir l’approbation des actionnaires et des autorités réglementaires.

L’expert souligne qu’Innergex dispose d’un délai de 65 jours pour trouver une meilleure offre. « Il y a un potentiel pour une augmentation du prix d’acquisition advenant une proposition concurrente. »

Rupert Merer pense que les actionnaires seront heureux du prix offert par la Caisse, mais il souligne qu’il est sous son cours cible de 16 $. « Nous ne sommes pas surpris de voir encore plus de transactions avec des capitaux privés tandis que le secteur des énergies renouvelables s’échange sous sa valeur intrinsèque. »

L’offre démontre que l’écart entre les valeurs boursières et celles accordées par les investisseurs privés « est tout simplement trop grand », commente Brent Stadler, de Desjardins Marché des capitaux. « Nous croyons toutefois qu’une offre concurrente est peu probable. »

Une vente à perte pour Hydro-Québec

Au prix annoncé, Hydro-Québec vend sa participation de 19,9 % à perte, soit à un prix inférieur de 214 M$, selon une recension des déclarations d’initiés publiques effectuée par La Presse Canadienne.

Hydro-Québec obtiendrait 556,4 M$ de la vente de ses actions d’Innergex, tandis qu’elle a investi un peu plus de 770,7 M$ dans l’entreprise en 2020, 2021 et 2022.

La société d’État avait annoncé un premier investissement de 660,9 M$ en 2020, sous la gouverne d’Éric Martel, qui dirige maintenant Bombardier.

La Caisse aimerait inviter d’autres actionnaires à se joindre au capital d’Innergex pour une participation pouvant aller jusqu’à 20 %, comme c’est aussi le cas pour Énergir, a donné en exemple Emmanuel Jaclot. Ce n’est toutefois pas une condition pour conclure la transaction.

Hydro-Québec n’embarquera vraisemblablement pas dans le train. « Ça ne sera pas Hydro-Québec », répond Emmanuel Jaclot en entrevue.

Michel Letellier avance que la participation d’Hydro-Québec dans Innergex « compliquait peut-être leur gouvernance interne avec la relation clients-fournisseurs ».

Hydro-Québec n’avait pas répondu à nos questions envoyées plus tôt en avant-midi.

La Caisse et Innergex espèrent rester un partenaire privilégié de la société d’État, qui prévoit des investissements massifs de 100 G$ d’ici 2035 pour répondre à la demande croissante d’énergie.

L’action d’Innergex bondissait de 4,71 $, ou 54,08 %, à 13,42 $ à la Bourse de Toronto en avant-midi.